ALPHONSE DAUDET (1840-1897)

EXTRAIT #2

A. TEXTE NON-ANNOTÉ

La Camargue

Entre les deux bras du Rhône, la Camargue s'étend sur 75 000 hectares. L'élevage traditionnel de taureaux et de chevaux s'y maintient encore de nos jours.

        ...Les terres cultivées dépassées, nous voici en pleine Camargue sauvage. A perte de vue, parmi les pâturages, des marais, des roubines luisent dans les salicornes. Des bouquets de tamaris et de roseaux font des îlots comme sur une mer calme. Pas d'arbres hauts. L'aspect uni, immense, de la plaine, n'est pas troublé. De loin en loin, des parcs de bestiaux étendent leurs toits bas presque au ras de terre. Des troupeaux dispersés, couchés dans les herbes salines, ou cheminant serrés autour de la cape rousse du berger, n'interrompent pas la grande ligne uniforme, amoindris qu'ils sont par cet espace infini d'horizons bleus et le ciel ouvert. Comme de la mer unie malgré ses vagues, il se dégage de cette plaine un sentiment de solitude, d'immensité, accru encore par le mistral qui souffle sans relâche, sans obstacle, et qui, de son haleine puissante, semble aplanir, agrandir le paysage. Tout se courbe devant lui. Les moindres arbustes gardent l'empreinte de son passage, en restent tordus, couchés vers le sud dans l'attitude d'une fuite perpétuelle...

Extrait des Lettres de mon moulin "Installation au Moulin de Fontvieille" - Alphonse Daudet        

Deux "gardians" (nom donné, en Provence, aux gardiens du bétail) guident un troupeau de taureaux à travers les marais salins.

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